 Hurrah! voici l'automne, Le vin fume et bouillonne ; Déjà je déraisonne. Nous allons, mes amis Boire, hélas, j'en frémis Comme il n'est pas permis. Déjà je suis en proie A la plus belle joie Et mon cher nez rougeoie Buvons, mangeons, dansons. Amours, blonds échansons, Versez-nous des chansons Prenons ces forteresses : J'ai nommé nos maîtresses; Cà, dénouons leurs tresses; Et nous les coucherons Dans la vigne et mettrons Des rubis sur leurs fronts. - Danse, mon araignée! Ma bouche a l'air, baignée De vin, d'une saignée. Vin, tu porte conseil Je bois ton fils vermeil A ta santé, Soleil! A la vôtre, mignonne, Dont le nez vermillonne Et qui m'êtess i bonne! A la vôtre, messieurs! O vin délicieux De la cave des cieux, Va, cours, circules, coule En moi, ma tête roule Comme une simple boule. Le dieu! voici le dieu ! Je n'en puis plus : heuh! heuh! Buvons encore un peu. Je suis un pauvre ivrogne ; Ce dernier coup, ma trogne, Sera pour la Pologne ! Et puis ce post-scriptum pour mon nez, géranium Digne d'un muséum. Tu me peins les cieux roses, Comme des roses roses, Vin rose qui m'arroses. Je ne distingues plus Jésus-Christ de Bacchus, La Vierge de Vénus, Le jour de la nuit, l'une De l'autre blonde et brune, Et mon cul de la Lune !
"Quand mon verre est vide, je le plains; quand mon verre est plein, je le vide"
La Muse Gaillarde, 1937 |