On l'appelle « engrain » ou « blé des Gaulois » mais rien à voir avec le Grand Épeautre. Il n'est l'ancêtre d'aucune céréale moderne. Consommé en abondance jusqu'à l'époque romaine, on l'oublia, et le Petit Épeautre fut partout délaissé en raison de son faible rendement. Mais dans le Pays de Sault, au pied du Mont-Ventoux, quelques paysans irréductibles ne l'abandonnèrent jamais. C'est lui, qui là-bas au cour de l'été, dessine une mosaïque d'or et de mauve avec sa compagne, la lavande. Il a retrouvé aujourd'hui la place qu'il mérite et est entré dans le club des grandes céréales. Remis au goût du jour et définit comme « le nouvel or céréalier », le petit épeautre est entré dans la gastronomie.
Le petit épeautre de haute Provence appartient à la catégorie des blés vêtus. Son épi dressé, très aplati, est caractérisé par la présence d'une barbe de grande dimension. Il possède un axe fragile qui rend sa récolte délicate. Céréale rustique, il ne craint pas le froid, pousse à des altitudes où le blé ne peut plus vivre, et s'accommode d'une terre pauvre dont il n'exploite que très peu les ressources. Cela explique sans doute sa survivance dans un pays aux hivers marqués et à la terre insuffisamment riche pour la culture du blé. Aujourd'hui les producteurs de petit épeautre bio ont obtenu le certificat de conformité d'identification géographique protégée (IGP). La production actuelle représente 150 à 200 ha, pour une cinquantaine de producteurs répartis sur le Vaucluse, les Alpes de Haute Provence, la Drôme et les Hautes Alpes.
Plus tardif que le blé, le petit épeautre prend sa belle couleur or en été. Dans le passé, la moisson se faisait à la grande faucille. Aujourd'hui, les faucheuses, lieuses, moissonneuses avec tracteurs entrent en scène à la fin août. Blé vêtu, le petit épeautre a une triple enveloppe très solide et difficile à ôter. C'est là l'une des raisons essentielles de son recul selon les historiens. Il faut avant consommation faire disparaître la balle : c'est le « mondage » qui donne près de 30% de déchets sur le poids initial.
Autrefois affublé d'une réputation misérabiliste, et toujours absent des ouvrages culinaires, la renommée du petit épeautre gagne aujourd'hui en puissance. Il excite l'imagination des chefs en quête de saveurs nouvelles et trône désormais sur les cartes des meilleures tables de la région. On l'accommode de multiples façons, en version salée comme sucrée, en taboulé, salade, gratin, crème brûlée ou autre pâtisserie. |