et une autre aquarelle
décidément la mer m'inspire ....
LA COQUILLE OU LES ILLUSIONS
Contre elle appuyant son oreille,
Un jeune enfant tenait serrée une coquille:
- Ah ! disait-il,
Quelle merveille !
J'entends mugir la mer et siffler les bateaux,
Et les baigneurs tenir de gais propos,
J'entends l'orchestre
Du casino
Qui joue allegro ...
Allégresse ! ...
Une voix a crié: banco !
Et j'entends, sur les deux tableaux,
Du croupier glisser le râteau,
Le râteau propice ou funeste ...
Ah ! le prodigieux concert !
Ainsi, grâce à ce coquillage,
Mon oreille est toute la mer,
Mon oreille est toutes les plages ...
Or voici qui t'étonnera bien davantage,
Si tant est que tu t'en étonnes:
La coquille où l'enfant croit entendre les flots,
Avec le vent marin qui souffle et s'époumonne,
N'est qu'une coquille d'escargot,
D'un simple escargot de Bourgogne ...
Mais, si l'enfant était de bonne foi,
Pourquoi
Voulez-vous que cela le gêne?
Oui, la conque
Peut-être quelconque:
L'illusion est souveraine,
Seule elle commande à la voix
De l'Océan et au chant des sirènes. Cet escargot a vécu loin des grèves?
Mais qu'importe à l'enfant
Fervent,
Qu'importe la coquille à qui croit, à qui rêve?
Franc-Nohain
(25 octobre 1872 - 1934)
Maurice Étienne Legrand, dit Franc-Nohain (né le 25 octobre 1872 à Corbigny – mort en 1934 à Paris), avocat, sous-préfet, écrivain, librettiste, poète Il choisit Nohain comme nom en hommage au cours d'eau traversant Donzy, lieu de ses vacances d'enfance. Son père était agent-voyer.
Au lycée Janson-de-Sailly, il fonde avec André Gide et Pierre Louÿs Potache revue.
Publie ses poèmes dans la revue Le Chat noir. Il se qualifie de « poète amorphe ». Il a écrit de nombreux livrets d'opérettes pour le compositeur Claude Terrasse et, notamment, celui de L'heure espagnole de Maurice Ravel. Fonde Le Canard sauvage et devient le rédacteur en chef de L'Écho de Paris. Il a eu deux fils : Jean Nohain (dit Jaboune), dont le parrain était Alfred Jarry, et le comédien Claude Dauphin. |